Je suis particulièrement heureux que cet entretien permette de montrer quelques-unes de ces images de travail. Non pas seulement ce qui a été réalisé, mais aussi ce qui a accompagné le processus de conception.
Parmi elles figure le célèbre Rhinocéros de Xavier Veilhan installé au Centre Pompidou. J’ai toujours été fasciné par cette œuvre. Le rhinocéros est un animal presque préhistorique dans notre imaginaire collectif. Son apparence évoque quelque chose de lourd, de profondément enraciné dans le temps long de l’évolution. Pourtant, sous le regard de l’artiste, il devient autre chose. Par la couleur, par la géométrisation de ses formes, par le déplacement du regard qu’il impose, il cesse d’être simplement un rhinocéros pour devenir une possibilité.
Peut-être est-ce aussi ce que fait une bibliothèque. La plupart des personnes qui franchissent ses portes arrivent avec une histoire, des contraintes, parfois des difficultés, souvent des interrogations. Elles viennent avec ce qu’elles sont. Mais elles repartent rarement exactement identiques. Elles découvrent un livre, une idée, une langue, une discipline, un métier, une vocation ou parfois simplement une manière différente de regarder le monde.
Les grandes bibliothèques publiques ont toujours été des lieux de transformation silencieuse. Jean-Pierre Seguin les imaginait comme des institutions ouvertes à tous. Eugène Morel y voyait des outils d’émancipation intellectuelle. Gian Franco Franchini, lorsqu’il conçut le mobilier de la première Bpi en 1977, comprit que l’architecture, les couleurs, les matières et le confort faisaient eux aussi partie de cette expérience de transformation. Cette intuition demeure d’une étonnante actualité.
Une bibliothèque est aussi un environnement capable d’accueillir les formes contemporaines du savoir et les publics de son temps. Elle doit rester fidèle à sa mission tout en continuant à se réinventer. Les générations changent, les usages évoluent, les technologies se transforment, mais la question demeure la même : comment créer un lieu où chacun puisse devenir davantage que ce qu’il était en entrant ? Comme architecte, j’essaie de contribuer, modestement, à créer les conditions matérielles de ces métamorphoses discrètes.
Je remercie chaleureusement la Bpi pour cet entretien, qui m’a donné l’occasion de revenir sur quelques-unes de mes influences et sur cette conviction qui m’accompagne depuis longtemps : une bibliothèque est toujours une architecture de la transformation.
Louis CERCOS, Paris, juin 2026.
















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