Cette fragmentation se reconnaît dans la séquence rituelle des missions : DIAG, pour le diagnostic ; ESQ, pour les études d’esquisse ; APS, avant-projet sommaire ; APD, avant-projet définitif ; PRO, études de projet ; DCE, dossier de consultation des entreprises ; ACT, assistance à la passation des contrats de travaux ; EXE, études d’exécution lorsque celles-ci sont prévues ; VISA, examen de conformité des documents d’exécution ; DET, direction de l’exécution des travaux ; OPC, ordonnancement, pilotage et coordination ; AOR, assistance aux opérations de réception ; puis viennent les phases de clôture, les garanties, la levée des réserves, le dossier des ouvrages exécutés et la gestion documentaire finale.
Chaque moment isole une partie du problème, la formalise, la valide et permet de passer à l’étape suivante. Depuis une culture professionnelle française, cette séquence permet d’ordonner la complexité, de limiter l’improvisation et de transformer l’architecture en un processus lisible et contrôlable.
Mais depuis une sensibilité plus espagnole ou italienne, cette fragmentation peut nous paraître excessive, parce que la tradition méditerranéenne de l’architecture a conservé avec plus de force une relation continue entre l’idée, la matière, le chantier, le métier, l’intuition et la correction sur le terrain. C’est là, me semble-t-il, qu’apparaît la différence essentielle. Le méthode cartésienne tend à diviser pour comprendre. La seconde cherche plutôt à maintenir vivant le lien entre toutes les dimensions du projet : l’histoire, la matière, l’usage, le budget, le temps, l’usager, l’institution, la technique, le métier et la mémoire.
La méthode française possède une force extraordinaire. Elle protège, elle clarifie, elle responsabilise. Mais cela signifie qu’elle peut devenir insuffisante lorsqu’elle s’applique de manière trop rigide à des architectures préexistantes.
Dans ces cas-là, l’excessive fragmentation du projet peut produire une illusion de contrôle. Elle peut nous faire croire que, parce qu’une phase a été validée, la réalité a été stabilisée. Or la réalité architecturale accepte rarement d’être enfermée dans une phase administrative.
C’est peut-être pour cette raison que mon regard est moins strictement cartésien. Mon parcours m’a aidé à accepter la tradition française de la méthode, tout en y introduisant un regard plus continu et méditerranéen, attentif à ce que le bâtiment ne nous a pas encore dit.
Louis CERCOS, Paris, mai 2026.

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