Je le relis comme on revisite un édifice ancien : non pour vérifier ce que l’on sait déjà, mais pour mesurer ce qui, en soi, a évolué. Ce court essai n’est pas un traité d’esthétique japonaise ; c’est une méditation subtile sur la difficulté d’intégrer la modernité technique sans détruire l’atmosphère d’un lieu.
Tanizaki décrit avec une lucidité presque douloureuse les efforts pour dissimuler les câbles électriques, camoufler les interrupteurs, apprivoiser l’ampoule dans une maison traditionnelle. Il ne refuse ni l’électricité, ni le gaz, ni le chauffage. Il cherche à les introduire sans rompre la continuité sensible de l’espace. Ce geste — faire entrer le nouveau sans violenter l’ancien — constitue, à mes yeux, le cœur même de la restauration. Restaurer ne signifie pas refuser le progrès, mais le faire dialoguer avec l’épaisseur du temps.
Ce texte est aussi une leçon sur la lumière. La lumière ne vaut que par l’ombre qui la contient. Toute l’histoire du baroque nous l’a enseigné : la lumière n’est jamais une évidence, elle est tension, filtrage, retenue. Elle révèle sans exhiber. L’architecture n’est pas un objet surexposé ; elle est une vibration entre clair et obscur. Restaurer, dans ce sens, consiste à introduire de la lumière sans éblouir, à intervenir sans effacer la profondeur.
J’aime particulièrement chez Tanizaki sa défense du mat, de la patine, des surfaces qui absorbent plutôt qu’elles ne reflètent. Une défense de la nuance contre la saturation. À l’heure des transparences absolues et des espaces uniformément éclairés, cette méditation demeure d’une actualité frappante.
Sans doute est-ce pour cela que ce livre résonne si fortement avec ma manière d’entendre le métier : restaurer presque sans toucher, agir dans l’immatériel, exploiter des ressources minimes, accepter que la pénombre fasse partie intégrante de l’architecture. Certaines valeurs n’existent que lorsqu’une part demeure dans l’ombre.
Luis Cercos, Condé-sur-Risle, février 2026.


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