sábado, 21 de febrero de 2026

La cathédrale chrétienne de Mogadiscio


Je viens de changer le nom de mon blog. Il s’appelle désormais « Atelier de théorie de l’architecture et du patrimoine ». Pendant des années, je suis resté habité par une nuance presque imperceptible entre « de l’architecture » et « d’architecture ». Un article, une élision, et déjà une différence de monde : la pratique d’un côté, l’architecture comme objet de pensée de l’autre. J’ai toujours eu ce réflexe de restaurateur qui soupèse les mots, parce qu’un détail apparemment mineur révèle souvent la structure profonde.

J’ai également ajouté, en sous-titre, la liste des pays où j’ai exercé au moins une mission. Non pour dresser un inventaire, mais pour dessiner une géographie. La théorie ne flotte pas au-dessus des réalités : elle naît des lieux, des climats, des administrations, des risques, des ruines et des recommencements.

Ce changement m’a fait retomber aujourd’hui sur un document oublié dans une chemise de diplômes. Un parchemin, un sceau, Rome, 24 décembre 2004, et un mot presque romanesque : « Cavaliere ». Une décoration de la République somalienne. Elle me renvoie à 2003, lorsque l’ambassade de Somalie à Rome me confia une étude sur la cathédrale chrétienne de Mogadiscio : analyse historique de son évolution et premières bases d’un plan directeur de conservation.

J’étais alors à Madrid, à la tête d’une agence d’une treizaine de personnes. Ce premier travail dans cette région du monde m’enthousiasma profondément. Nous avons recherché, recoupé, analysé des archives, des photographies, des plans, tentant de recomposer un édifice à partir de ses traces. La cathédrale, construite à la fin des années 1920 durant la période italienne, appartenait à ces architectures dont la force dépasse la matière : charge symbolique, urbaine, diplomatique presque. Elle fut gravement endommagée puis presque entièrement détruite en 2008.

Un bâtiment peut mourir deux fois : lorsqu’il s’effondre, et lorsque sa mémoire disparaît faute de documents et de récits.

La crise de 2008 a, elle aussi, laissé des ruines plus discrètes. Des années plus tard, mon dernier atelier madrilène fut dispersé, et avec lui une partie de mes archives. Il existe des destructions silencieuses. Mais comme les édifices, une agence peut renaître. Et une mémoire peut être restaurée.

Je reviendrai prochainement, plus en détail, sur l’histoire de cette cathédrale et sur ce que signifiait, à l’époque, penser sa conservation.

Luis Cercos, Condé-sur-Risle, février 2026.

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