J’écris ces lignes d’abord comme usager de la Bpi en 1981, en 2011, aussi entre 2016 et 2020. Comme l’un de ces lecteurs anonymes pour qui cette bibliothèque a été, pendant des décennies, un lieu de travail, de refuge et de liberté. Mais j’écris aussi, et je l’assume, comme maître d’œuvre de plusieurs interventions récentes destinées à améliorer l’accueil du public, en 2021 puis en 2023, et comme maître d'œuvre du chantier de la Bpi Lumière, qui permettra à l’institution de rester ouverte au public pendant les grandes transformations du Centre Pompidou prévues sur la période 2025–2030.
La Bpi n’est pas née par hasard. Elle est d’abord le fruit d’une pensée, portée avec constance par Jean-Pierre Seguin (1920-2014), son premier directeur, qui a su transformer une intuition ancienne en institution vivante : celle d’une bibliothèque nationale ouverte à tous, en libre accès, encyclopédique et actuelle, débarrassée des rites d’exclusion et des hiérarchies implicites du savoir.
Cette vocation encyclopédique s’inscrit dans une filiation longue. Elle reprend explicitement le témoin de Denis Diderot (1713-1784) : l’idée que le savoir n’est pas un privilège mais un bien commun, et que sa mise à disposition transforme la société. Une encyclopédie non plus imprimée, mais spatiale et vivante.
Elle prolonge aussi le combat d’Eugène Morel (1869-1934), pour une lecture publique tournée vers les besoins de la vie courante, de l’actualité et de la formation continue, et non réservée à une élite savante. La Bpi est l’une des réponses les plus abouties à ce projet longtemps différé en France.
Enfin, la Bpi s’inscrit dans l’utopie politique de Georges Pompidou (1911-1974) : celle d’un grand centre culturel où les disciplines se croisent, où l’art, la recherche, la musique et la lecture dialoguent, et où l’architecture devient un outil d’émancipation.
Ce que j’écris ici est une opinion strictement personnelle, forgée par mes lectures et mon expérience professionnelle, mais aussi par le privilège de travailler depuis 2021 au sein de cette institution singulière.
Cinquante ans après sa création, la Bpi demeure une utopie habitée, parfois mise à l’épreuve par son succès même, mais fidèle à son geste fondateur. Oui, depuis Utopia (1516) de Thomas More (1478-1535), l’utopie n’est pas un lieu où l’on arrive, mais un horizon qui oblige à marcher ; la Bpi est de celles qui, depuis cinquante ans, nous empêchent de nous arrêter.
Cette bibliothèque est une bibliothèque pour nous tous, toujours en libre accès et sans intermédiaires, l’un de ces lieux au monde où le patrimoine intellectuel de l’humanité est ordonné et rendu accessible.
LC, Paris, 27 janvier 2026.









No hay comentarios:
Publicar un comentario