Claude Mollard y parle en acteur. Il défend un pari. Il explique un mécanisme. Il décrit une ambition : celle d’un grand instrument culturel fédérant plusieurs institutions sous un même toit. Et puis, au détour d’un passage, cette expression qui m’a arrêté : une « architecture néo-gothique ».
Notre-Dame de Paris et le Centre Pompidou répondent, à huit siècles d’écart, au même problème : comment créer le plus grand espace libre possible pour accueillir un rite collectif.
Depuis mai 2021, je travaille à la Bpi • Bibliothèque publique d'information, l’une des institutions qui composent cette fédération.
Au Moyen Âge, le rite est religieux. Il exige un volume commun, élevé, lumineux, capable de rassembler un peuple sous une voûte qui dépasse l’individu. La révolution gothique est statique. La voûte d’ogives concentre les charges, les piles les reçoivent, les arcs-boutants expulsent les poussées vers l’extérieur.
Le mur cesse d’être porteur. Il devient membrane. Il peut s’ouvrir. Il peut devenir lumière. Le gothique est un système qui invente un intérieur libre.
À Beaubourg, le rite est culturel et démocratique. Non plus une liturgie sacrée, mais une liturgie du savoir, de la création et du débat. Elle exige la même chose : un grand espace disponible, modulable, capable d’accueillir des institutions différentes sans les enfermer. Là encore, la réponse est structurelle.
On place l’ossature dehors. On externalise les circulations, les réseaux et les organes techniques. Le bâtiment montre son squelette pour libérer son ventre.
Là où la cathédrale déporte les poussées de pierre vers l’extérieur, Beaubourg déporte l’effort et la technique vers sa périphérie.
Là où Notre-Dame transforme le mur en vitrail pour gagner la lumière, le Pompidou transforme la façade en structure pour gagner la liberté d’usage. Ce n’est pas une métaphore. C’est une continuité constructive.
Dire que Beaubourg est une cathédrale gothique n’est pas forcer l’histoire. Les deux édifices partagent une même ambition : fabriquer un grand vide collectif. L’un pour la liturgie médiévale ; l’autre pour la liturgie culturelle contemporaine. Dans les deux cas, la structure visible est la condition d’un espace public ouvert.
Beaubourg s’est ouvert en 1977. Huit siècles après Notre-Dame, Paris inventait à nouveau un instrument collectif fondé sur la même intelligence constructive : déplacer la contrainte vers l’extérieur pour offrir à la communauté un intérieur de lumière et de liberté.
Beaubourg n’est pas l’opposé de Notre-Dame. C’est son héritier technique.
Luis Cercos, Paris, mars 2026.



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