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lunes, 15 de junio de 2026

Être architecte en bibliothèque

 

La Bpi vient de publier un entretien consacré à mon travail au sein de la Bpi • Bibliothèque publique d'information. On imagine souvent qu’un projet d’aménagement résulte directement d’un programme ou d’un budget. La réalité est plus complexe. Entre l’idée initiale et sa réalisation finale s’accumule un monde de références, de lectures, d’images, d’intuitions, d’essais, parfois même de détours qui ne seront jamais construits mais qui auront nourri la réflexion.

Je suis particulièrement heureux que cet entretien permette de montrer quelques-unes de ces images de travail. Non pas seulement ce qui a été réalisé, mais aussi ce qui a accompagné le processus de conception.

Parmi elles figure le célèbre Rhinocéros de Xavier Veilhan installé au Centre Pompidou. J’ai toujours été fasciné par cette œuvre. Le rhinocéros est un animal presque préhistorique dans notre imaginaire collectif. Son apparence évoque quelque chose de lourd, de profondément enraciné dans le temps long de l’évolution. Pourtant, sous le regard de l’artiste, il devient autre chose. Par la couleur, par la géométrisation de ses formes, par le déplacement du regard qu’il impose, il cesse d’être simplement un rhinocéros pour devenir une possibilité.

Peut-être est-ce aussi ce que fait une bibliothèque. La plupart des personnes qui franchissent ses portes arrivent avec une histoire, des contraintes, parfois des difficultés, souvent des interrogations. Elles viennent avec ce qu’elles sont. Mais elles repartent rarement exactement identiques. Elles découvrent un livre, une idée, une langue, une discipline, un métier, une vocation ou parfois simplement une manière différente de regarder le monde.

Les grandes bibliothèques publiques ont toujours été des lieux de transformation silencieuse. Jean-Pierre Seguin les imaginait comme des institutions ouvertes à tous. Eugène Morel y voyait des outils d’émancipation intellectuelle. Gian Franco Franchini, lorsqu’il conçut le mobilier de la première Bpi en 1977, comprit que l’architecture, les couleurs, les matières et le confort faisaient eux aussi partie de cette expérience de transformation. Cette intuition demeure d’une étonnante actualité.

Une bibliothèque est aussi un environnement capable d’accueillir les formes contemporaines du savoir et les publics de son temps. Elle doit rester fidèle à sa mission tout en continuant à se réinventer. Les générations changent, les usages évoluent, les technologies se transforment, mais la question demeure la même : comment créer un lieu où chacun puisse devenir davantage que ce qu’il était en entrant ? Comme architecte, j’essaie de contribuer, modestement, à créer les conditions matérielles de ces métamorphoses discrètes.

Je remercie chaleureusement la Bpi pour cet entretien, qui m’a donné l’occasion de revenir sur quelques-unes de mes influences et sur cette conviction qui m’accompagne depuis longtemps : une bibliothèque est toujours une architecture de la transformation.

Louis CERCOS, Paris, juin 2026.

sábado, 28 de febrero de 2026

La BPI Lumière : restaurer une bibliothèque, penser l’économie circulaire.




Je suis très heureux de partager la parution de mon article dans le numéro 543 de la revue SeRViR – Alumni de l’ENA et de l’INSP, consacré au dossier :
« Économie circulaire : penser, réguler, agir ».

Cette revue, qui rassemble les réflexions des anciens élèves de l’ENA - Ecole Nationale d'Administration et de l’INSP, offre dans ce numéro un panorama particulièrement riche des enjeux actuels de l’économie circulaire : cadre législatif (loi AGEC), responsabilité élargie du producteur, initiatives territoriales, mutations industrielles et questions de gouvernance.

Mon article, intitulé :

« La BPI Lumière : restaurer une bibliothèque, penser l’économie circulaire », y présente le projet de relocalisation de la Bpi • Bibliothèque publique d'information dans le bâtiment Lumière comme une expérience concrète d’économie circulaire appliquée à un équipement culturel national.

Nous y montrons que l’économie circulaire ne se limite pas au recyclage : elle peut devenir un principe directeur de conception architecturale et de gestion publique.

Réemploi patrimonial des rayonnages patrimoniaux historiques, valorisation du mobilier existant, prototypage des nouveaux équipements, réversibilité des installations en vue du retour au Centre Pompidou en 2030 : la sobriété y devient une méthode, et non une contrainte.

Je tiens à remercier chaleureusement la rédaction de SeRViR, ainsi que l’ENA et l’INSP, pour leur confiance et pour la qualité du débat intellectuel qu’ils continuent d’animer au service de l’action publique.

Je joins ici le PDF de mon article pour celles et ceux qui souhaiteraient en prendre connaissance.

Restaurer, c’est transmettre.

Et penser l’économie circulaire, c’est aussi penser la continuité du service public.

Luis Cercos, France, 2026.

martes, 27 de enero de 2026

La Bpi, 27 de enero de 1976












Il y a exactement cinquante ans aujourd’hui, le 27 janvier 1976, un décret de la République française créait la Bibliothèque publique d'information (la Bpi). Une date administrative, mais en réalité un acte fondateur majeur pour la lecture publique, l’accès au savoir et la démocratie culturelle en France.

J’écris ces lignes d’abord comme usager de la Bpi en 1981, en 2011, aussi entre 2016 et 2020. Comme l’un de ces lecteurs anonymes pour qui cette bibliothèque a été, pendant des décennies, un lieu de travail, de refuge et de liberté. Mais j’écris aussi, et je l’assume, comme maître d’œuvre de plusieurs interventions récentes destinées à améliorer l’accueil du public, en 2021 puis en 2023, et comme maître d'œuvre du chantier de la Bpi Lumière, qui permettra à l’institution de rester ouverte au public pendant les grandes transformations du Centre Pompidou prévues sur la période 2025–2030.

La Bpi n’est pas née par hasard. Elle est d’abord le fruit d’une pensée, portée avec constance par Jean-Pierre Seguin (1920-2014), son premier directeur, qui a su transformer une intuition ancienne en institution vivante : celle d’une bibliothèque nationale ouverte à tous, en libre accès, encyclopédique et actuelle, débarrassée des rites d’exclusion et des hiérarchies implicites du savoir.

Cette vocation encyclopédique s’inscrit dans une filiation longue. Elle reprend explicitement le témoin de Denis Diderot (1713-1784) : l’idée que le savoir n’est pas un privilège mais un bien commun, et que sa mise à disposition transforme la société. Une encyclopédie non plus imprimée, mais spatiale et vivante.

Elle prolonge aussi le combat d’Eugène Morel (1869-1934), pour une lecture publique tournée vers les besoins de la vie courante, de l’actualité et de la formation continue, et non réservée à une élite savante. La Bpi est l’une des réponses les plus abouties à ce projet longtemps différé en France.

Enfin, la Bpi s’inscrit dans l’utopie politique de Georges Pompidou (1911-1974) : celle d’un grand centre culturel où les disciplines se croisent, où l’art, la recherche, la musique et la lecture dialoguent, et où l’architecture devient un outil d’émancipation.

Ce que j’écris ici est une opinion strictement personnelle, forgée par mes lectures et mon expérience professionnelle, mais aussi par le privilège de travailler depuis 2021 au sein de cette institution singulière.

Cinquante ans après sa création, la Bpi demeure une utopie habitée, parfois mise à l’épreuve par son succès même, mais fidèle à son geste fondateur. Oui, depuis Utopia (1516) de Thomas More (1478-1535), l’utopie n’est pas un lieu où l’on arrive, mais un horizon qui oblige à marcher ; la Bpi est de celles qui, depuis cinquante ans, nous empêchent de nous arrêter.

Cette bibliothèque est une bibliothèque pour nous tous, toujours en libre accès et sans intermédiaires, l’un de ces lieux au monde où le patrimoine intellectuel de l’humanité est ordonné et rendu accessible.

LC, Paris, 27 janvier 2026.

sábado, 27 de diciembre de 2025

Séquences de lumière : de San Giovanni in Laterano à la Bpi Lumière








Francesco Borromini intervient à San Giovanni in Laterano entre 1646 et 1649, à l’approche du Jubilé de 1650. Le budget est réduit, le contexte lourd d’histoire. Comme souvent chez lui, la contrainte devient une vertu. Aucun effet spectaculaire, aucun décor superflu : seulement l’essentiel. Dans les nefs latérales, l’ouverture de fenêtres dans une travée sur deux crée une alternance précise de lumières et d’ombres qui transforme radicalement la perception de l’espace.

Au printemps 1983, lors d’un voyage d’études à Rome dirigé par Ignacio Vicens, cette séquence lumineuse m’a durablement marqué. Elle m’a appris qu’une architecture peut être juste sans être démonstrative, et que le manque de moyens peut devenir une véritable qualité de projet.

Le 25 août dernier a été inaugurée la Bpi Lumière, bibliothèque provisoire destinée à garantir la continuité du service public de la Bpi pendant les années de fermeture du Centre Pompidou. J’y travaille intensément depuis septembre 2023, et, sur le plan conceptuel, depuis 2021.

C’est un projet nourri de plus de trente ans de pratique, où la lumière n’est jamais un effet mais une structure silencieuse : elle accompagne, elle ordonne, elle rend l’espace lisible. Comme à San Giovanni in Laterano, l’architecture ne cherche pas à durer comme un monument, mais à remplir pleinement sa mission, avec modestie et exigence, au service de celles et ceux qui l’habitent chaque jour.

LC, décembre 2025.