Cette réflexion m’a accompagné pendant la conception de la Bpi Lumière. La bibliothèque contemporaine est souvent organisée autour de grandes tables collectives qui optimisent efficacement l’espace. Cette disposition place cependant les lecteurs dans une situation d’exposition réciproque permanente. J’ai donc souhaité introduire, en complément, des postes individuels orientés vers les fenêtres ou vers les murs afin d’offrir différents degrés d’exposition au regard des autres.
Depuis l’ouverture, ces places ont été choisies majoritairement par des femmes. Personne ne leur a indiqué où s’installer et aucun usage particulier n’avait été défini. Les photographies qui accompagnent cette publication montrent simplement un comportement observé dans la durée. La fenêtre devient un fond lumineux, le mur une surface neutre qui favorise la concentration. Ces places leur permettent de travailler dans une forme de tranquillité particulière, avec le sentiment que leur attention leur appartient pleinement et qu’un simple regard porté autour d’elles ne sera pas interprété comme une invitation à entrer en relation.
Cette expérience m’a conduit à penser que l’une des missions d’une bibliothèque publique contemporaine consiste à reconnaître que nous n’habitons pas tous l’espace de la même manière. Concevoir pour tous ne signifie pas proposer exactement la même place à chacun. Concevoir pour tous consiste peut-être à offrir une diversité suffisante pour que chacun puisse choisir la sienne.
Avec le recul, je crois que ces tables individuelles constituent l’un des enseignements les plus intéressants du projet Bpi Lumière. Elles rappellent qu’un détail de mobilier peut parfois révéler des questions beaucoup plus profondes sur notre manière de vivre ensemble. Dans certains cas, concevoir une bibliothèque pour tous commence simplement par concevoir une bibliothèque qui pense aussi à toutes.
Louis CERCOS, Paris, juin 2026.






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