domingo, 18 de octubre de 2026
Franco Maria Ricci (1937-2020)
Aujourd’hui, j’ai envie de rendre hommage à FMR en ouvrant quelques livres de nostre bibliothèque privée. Ma femme et moi avons réuni le carton de présentation de sa réédition de l’Encyclopédie, le prospectus préfacé par Borges, trois volumes de la collection La Bibliothèque de Babel, aussi dirigée par Borges, et les 37 premiers numéros de l’édition française de FMR, d’avril 1986 à avril 1992. En les regardant ensemble, je mesure combien un éditeur peut habiter notre vie, nous accompagner et prendre place dans cette famille silencieuse que nous choisissons, livre après livre.
Dans le prologue du premier numéro, Ricci raconte la naissance de son aventure éditoriale : à la Bibliothèque palatine de Parme, il découvre le Manuel typographique de Giambattista Bodoni et décide de le réimprimer. Un livre rencontré dans une bibliothèque vient ainsi bouleverser le cours d’une existence. J’aime profondément cette histoire, cette manière dont un objet conservé, patiemment soustrait à la disparition, peut soudain réveiller chez un lecteur une vocation nouvelle. Quelqu’un avait gardé ce livre ; quelqu’un d’autre allait lui donner une nouvelle vie et, à travers lui, inventer la sienne.En feuilletant ces ouvrages, je retrouve une attention dont chaque détail porte la trace : la profondeur des noirs, les caractères, l’équilibre des pages, la qualité des images. Après tant d’années consacrées à la restauration des monuments, je suis sensible à cette alliance de la pensée et de la matière, à ce soin qui donne aux œuvres les moyens de traverser le temps. Chez Ricci, la beauté du livre me semble prolonger le respect dû à ce qu’il transmet, jusque dans le geste de celui qui le prend entre ses mains.
Borges accompagne cette promenade. Sa voix accueille le lecteur du prospectus de l’Encyclopédie, guide les choix de La Bibliothèque de Babel et revient dans « L’ombre de la tour », ces pages du numéro 18 de FMR consacrées à Babel. Entre les planches de Diderot et d’Alembert, les récits fantastiques et ces images qui nous retiennent longtemps, je retrouve un même désir d’explorer ce que les hommes savent et imaginent. Ces rapprochements me touchent parce qu’ils ressemblent à la manière dont se construit ma bibliothèque : par affinités, par rencontres, par ces passages inattendus qu’un livre ouvre vers un autre.
Aujourd’hui, ces 37 numéros réunis et ces quelques volumes me permettent de saluer un homme dont le travail continue d’accompagner le mien. Je les ouvre avec cette gratitude particulière que l’on éprouve envers ceux qui nous ont appris à regarder. J’aimerais que ces livres rencontrent un jour d’autres lecteurs, capables d’y reconnaître une présence et d’y trouver le commencement de leur propre chemin. À Parme, un livre avait changé la vie de Franco Maria Ricci ; dans nos bibliothèques, ses livres poursuivent cette aventure, chaque fois qu’une main les ouvre et qu’un regard s’y attarde.
Louis CERCOS, Paris, octobre 2026
viernes, 9 de octubre de 2026
J’essaie de marcher un peu chaque jour
On m’y accueille avec gentillesse, on m’accorde de petits rabais et, aujourd’hui, on m’a même offert deux tomes numérotés du Gil Blas de Santillane, un peu défaits, dont les cahiers dispersés ont fini par se retrouver. Ce week-end, je réparerai leurs dos, j’y apposerai l’ex-libris de notre bibliothèque et je rangerai, dans l’ordre chronologique que j’affectionne, les autres acquisitions de la semaine : une biographie de Diderot, que j’admire tant ; Le Guépard de Lampedusa, cette fois en français ; trois trésors de la collection de Franco Maria Ricci conçue avec Borges ; une biographie de Baden-Powell, souvenir de mon adolescence scoute ; des contes de Kipling dans une édition du début du XXe siècle ; et un ancien exemplaire de Carmen, de Mérimée, que j’admire aussi pour son œuvre en faveur des monuments historiques et pour cette conception si française de l’homme de lettres engagé dans les affaires publiques. Mais un livre domine mes trouvailles : Je remballe ma bibliothèque, d’Alberto Manguel. Son nom m’avait attiré, son titre m’a retenu. Combien de fois ai-je moi-même emballé mes livres ? Et combien de précautions, de mains a-t-il fallu pour déménager les 320 000 volumes de la Bpi ? Manguel fut directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine, fonction jadis occupée par Borges. À la page 66, je découvre cette pensée de son professeur de latin :
« Soyons reconnaissants de ne pas savoir ce qu’étaient les grands livres qui ont péri à Alexandrie, car si nous le savions, nous serions inconsolables. »
Quelle terrible et magnifique vérité ! Une bibliothèque n’est jamais seulement un édifice rempli de livres. C’est une conversation entre les siècles, une résistance obstinée à l’oubli, l’un des lieux où se conserve le patrimoine intellectuel de l’humanité.
J’ai consacré ma vie aux monuments et le destin m’a conduit jusqu’aux livres, qui sont peut-être les monuments les plus fragiles et vivants de tous. Réparer une reliure, préserver une collection, accueillir un lecteur : autant de manières de transmettre ce qui ne nous appartient pas tout à fait.
Oui, certains d’entre nous ont le privilège immense de vivre entourés de livres et de travailler dans une certaine idée du paradis, comme l’imaginait Borges. Je mesure chaque jour cette chance, et je me dis que ma vocation n’a finalement jamais changé : prendre soin de ce que les siècles nous confient.
Louis CERCOS, Paris, octobre 2026
jueves, 8 de octubre de 2026
Sobre lo importante y lo accesorio
El 26 de junio de 2011, en este mismo blog, escribí sobre arquitectura a partir de una escena de Cautivos del mal (Vincente Minnelli, 1952), una película a la que he vuelto muchas veces. Jonathan Shields, interpretado por Kirk Douglas, asume la dirección de una producción tras enfrentarse con su director y, al contemplar el resultado, reconoce que las excelentes aportaciones de sus colaboradores han desembocado en una obra fallida. En mi texto condensaba su autocrítica en una paráfrasis que todavía me interpela: «Mi enhorabuena al equipo. Mi pésame al director». Von Ellstein le había advertido de que una película donde cada escena pretende alcanzar la máxima intensidad acaba perdiendo el ritmo que da sentido al conjunto.
En 2011 veía en esa advertencia una lección de arquitectura: una sucesión ininterrumpida de gestos grandiosos puede agotar la emoción, mientras que un umbral, una transición o un espacio discreto pueden sostener la experiencia de toda una obra. Quince años después añadiría que la importancia de nuestras decisiones también se reconoce en sus consecuencias, incluso cuando estas apenas aparecen en la imagen del proyecto.
Mi trabajo en la Bpi • Bibliothèque publique d'information ha dado una dimensión concreta a esa reflexión. Una biblioteca se prueba cada día en la posibilidad de leer, concentrarse, orientarse y convivir; la posición de una mesa o la organización del sonido pueden resultar decisivas. En la Bpi Lumière he vuelto sobre mis propios criterios acerca de la diversidad de ambientes, porque una institución abierta a todos debe ofrecer diversas formas de estar. Los lectores y los equipos que hacen funcionar el edificio aportan un conocimiento que merece incorporarse a nuestra reflexión, también cuando nos obliga a revisar lo que hemos proyectado.
La restauración me ha enseñado a situar nuestras decisiones dentro de una historia que nos precede y continuará después. Una pieza modesta puede conservar una memoria importante, del mismo modo que un elemento poco visible puede ser esencial para mantener y reparar un edificio. Distinguir lo importante de lo accesorio exige comprender el contexto, reconocer lo que hemos recibido y pensar en quienes tendrán que convivir con las consecuencias de nuestra intervención.
Por eso hoy desarrollaría mi afirmación de entonces: «Sólo la filosofía puede transformar nuestros encargos en obras de arquitectura». Sigo defendiendo la necesidad de pensar, pero pediría a ese pensamiento que respondiera de los materiales elegidos, de los recursos empleados y de la vida que hace posible. La belleza participa de esa responsabilidad. Quizá mi evolución consista en valorar cada vez más lo que sigue teniendo sentido cuando desaparece la novedad, y en comprender que dirigir exige escuchar a tiempo y conservar la capacidad de reconocer una equivocación, especialmente cuando la decisión lleva nuestra firma.
Luis Cercós, París, octubre 2026
jueves, 17 de septiembre de 2026
Un million et demi de pages vues, un atelier toujours ouvert.
Aujourd’hui, mon blog a dépassé un million et demi de pages vues. J’en suis heureux et fier. J’ai envie de marquer ce cap en regardant ce que cet espace est devenu, ce que j’y ai réussi et ce que je dois encore améliorer.
Au départ, j’y montrais surtout ce que je faisais : des chantiers, des projets, des restaurations, des voyages et des rencontres. Je constituais une mémoire de mon activité. Peu à peu, écrire m’a conduit à examiner les raisons de mes choix, à rapprocher des expériences éloignées et à interroger mes propres certitudes. Le blog est devenu cet « Atelier de théorie de l’architecture et du patrimoine » que son titre annonce désormais.
Je revendique d’abord ma constance. Le rythme a varié, parfois beaucoup, mais j’ai continué à revenir, à publier et à reprendre le fil. Maintenir cet espace vivant au milieu du travail quotidien demande une discipline. J’y ai consacré du temps et je suis satisfait d’avoir constitué une archive où l’évolution de mon regard reste visible.
Je reconnais aussi mes erreurs. J’ai parfois accumulé davantage que je n’ai organisé. Les rubriques se multiplient, les images s’empilent et certaines présentations professionnelles appartiennent encore à une autre étape de ma vie. Le lecteur doit trop souvent chercher lui-même le chemin. Je dois mieux hiérarchiser les contenus, actualiser mon profil et rendre plus lisibles les liens entre les textes. Conserver une archive exige aussi de prendre soin de son accès.
Parmi mes réussites, je retiens la liberté des rapprochements. La direction de chantier peut dialoguer avec un chef d’orchestre ou un plateau de cinéma ; un objet domestique peut éclairer une question de conservation. Cette curiosité donne au blog sa personnalité. Elle devient féconde lorsque l’analogie aide à comprendre une décision, un usage ou une responsabilité.
Aujourd’hui, la réflexion théorique occupe une place croissante dans mon métier. L’expérience des bâtiments et des monuments nourrit mes questions sur les bibliothèques, la réparation, la continuité des usages et la transmission. J’écris pour comprendre ce que la pratique m’a appris, mais aussi pour examiner ce qu’elle m’a fait tenir trop vite pour évident. Mon profil professionnel doit rendre compte de cette évolution avec la même précision que mes textes.
Je veux poursuivre ce travail avec davantage d’ordre et d’exigence, tout en gardant la liberté qui l’a rendu possible. Je souhaite que l’on puisse y suivre une pensée en train de se construire, y trouver des outils et, au besoin, des raisons de me contredire. À celles et ceux qui prennent le temps de me lire, merci. Leur attention m’encourage à continuer et m’oblige à mieux écrire.
Louis CERCOS, Condé-sur-Risle, septembre 2026.
La vitrine du quotidien, Paris, 2026.
Une maison où cohabitent les siècles. L’idée est née en écrivant sur Penguin : ces volumes à six pence m’ont permis de formuler une question qui accompagnait mon travail. Pourquoi reconnaissons-nous si facilement le patrimoine dans l’exceptionnel et si difficilement dans ce que des millions de personnes ont utilisé ? Ainsi est née La vitrine du quotidien.
J’ai d’abord envisagé une collection d’objets industriels. Puis sont venus les catalogues, les dates et les familles d’objets. Initialement situé entre 1890 et 2030, le parcours a reculé jusqu’à Conté, en 1795, puis s’est élargi. Les encyclopédies m’ont conduit à Chambers, à Diderot et d’Alembert ; le livre, au codex ; un verre, à la verrerie antique ; un agenda, aux conventions qui organisent nos journées. J’ai découvert que mon présent était meublé d’idées de tous âges.
J’ai d’abord été tenté de dire que certaines n’avaient pu être améliorées. En les regardant mieux, j’ai compris que leurs matériaux, leur fabrication, leur sécurité et leurs usages avaient changé. Elles persistent parce qu’elles répondent encore à un besoin, que nous avons appris à vivre avec elles et que d’autres mains les ont corrigées. Leur durée contient aussi du travail, des inégalités, du commerce et des choix à rendre visibles.
Dans mes projets de conservation, j’ai appris à lire les traces de vies antérieures. Chez moi, cette lecture devient plus intime. Un joint remplacé permet de préparer le café ; un raccommodage préserve le lien avec un pantalon ; un vieux volume incomplet continue de m’instruire. Les logements Philips découverts à Eindhoven en 1994 m’ont appris ce qu’une cuisine peut révéler d’une manière de construire et d’habiter.
Cette première édition réunit 218 articles, classés selon leurs jalons historiques. Bâtiments, journaux, systèmes et services y figurent aussi : ils forment l’intérieur élargi de nos maisons. La fondation d’une entreprise, un produit et son anniversaire peuvent relever d’une même histoire. Les références sont réunies à la fin ; l’index permet de suivre la chronologie ou de retrouver une pièce précise.
Les dates désignent des brevets, des présentations, des publications ou des ouvertures, pas toujours l’invention d’une technique. Pour les périodes anciennes, le classement reste approximatif : une fourchette historique ne devient pas une année exacte. Les textes datés de 2027, 2028 et 2030 seront des réflexions prospectives écrites en septembre 2026. La chronologie ne suppose aucun progrès inéluctable : un produit peut faciliter une tâche et créer une dépendance ; une belle forme peut durer alors que ses composants deviennent introuvables.
J’aimerais que ces pages invitent à regarder autour de soi avec plus d’attention. Chaque foyer réunit une petite anthropologie de ce que nous conservons, réparons, accueillons et avons perdu. Parmi ces choses, nous reconnaissons d’où nous venons et explorons comment nous souhaitons continuer à vivre.
Louis CERCOS, Condé-sur-Risle, septembre 2026.
La vitrina de lo cotidiano, 2026, LC-Architectes
Pensé primero en una colección de objetos industriales. Después llegaron los catálogos, las fechas y las familias de objetos. El recorrido, situado inicialmente entre 1890 y 2030, retrocedió hasta Conté, en 1795, y siguió abriéndose. Las enciclopedias me llevaron a Chambers, a Diderot y d’Alembert; el libro, al códice; el vaso, al vidrio antiguo; una agenda, a los acuerdos con los que organizamos los días. Descubrí que mi presente estaba amueblado con ideas de muchas edades.
Al principio me tentó decir que algunas no habían podido mejorarse. Mirándolas despacio, comprendí que han cambiado sus materiales, su fabricación, su seguridad y sus usos. Persisten porque todavía resuelven algo, porque hemos aprendido a convivir con ellas y porque otras manos las han ido corrigiendo. Su duración también contiene trabajo, desigualdades, comercio y elecciones que conviene hacer visibles.
En mis proyectos de conservación he aprendido a leer las huellas de vidas anteriores. En mi casa esa lectura adquiere otra proximidad. Una junta sustituida permite preparar el café; un zurcido conserva la relación con unos pantalones; un antigui volumen incompleto me sigue ofreciendo conocimiento. Las viviendas de Philips que conocí en Eindhoven en 1994 me enseñaron cuánto puede explicar una cocina sobre una manera de construir y de habitar.
Esta primera edición reúne 218 artículos, ordenados por sus hitos históricos. Incluye edificios, periódicos, sistemas y servicios, porque también forman el interior ampliado de nuestras casas. La fundación de una empresa, un producto y su aniversario pueden pertenecer a una misma historia. Las referencias documentales se reúnen al final; el índice permite seguir la cronología o regresar a una pieza concreta.
Las fechas identifican patentes, presentaciones, publicaciones o aperturas; no siempre señalan la invención de una técnica. En los periodos antiguos, la ordenación es aproximada: una horquilla histórica no se convierte en un año exacto. Los textos de 2027, 2028 y 2030 serán reflexiones prospectivas escritas desde septiembre de 2026. La cronología tampoco propone una marcha inevitable hacia el progreso: un producto puede facilitar una tarea y crear una dependencia; una forma bella puede durar y sus componentes dejar de estar disponibles.
Quisiera que estas páginas invitaran a mirar alrededor con mayor atención. Cada hogar reúne una pequeña antropología de lo que conservamos, reparamos, dejamos entrar y hemos perdido. Entre esas cosas se reconoce de dónde venimos y se ensaya cómo queremos continuar viviendo.
Louis CERCOS, Condé-sur-Risle, septiembre 2026.
miércoles, 16 de septiembre de 2026
LA VITRINA DE LO COTIDIANO. La antigüedad de lo cotidiano.
Cuando empecé esta serie pensaba en objetos del siglo XX. Quería comprender por qué ciertas cosas corrientes merecen conservarse. Pero la vitrina ha empezado a crecer de una manera que no esperaba. Cada pieza me lleva hacia otra y lo que parecía una historia cercana se adentra, sin pedir permiso, en siglos que creía mucho más lejos de mi casa.
Me ha ocurrido con los libros. En el texto sobre mis Levi’s contaba que, al final de su vida, todavía me sirven para encuadernar. Ahora descubro otra relación entre aquellas prendas y los volúmenes que cuido. Cuando reúno unas hojas y las protejo con unas tapas, trabajo con una forma que existía mucho antes de la imprenta. El códice ya era conocido en el mundo romano. Gutenberg multiplicó los libros en la Europa del siglo XV, pero no inventó ese pequeño edificio de páginas que seguimos abriendo con las manos.Algo parecido sucede con las enciclopedias. Pensaba en la Larousse, en la Espasa-Calpe, en Wikipedia, y el camino me llevó hasta la Cyclopaedia de Chambers, de 1728, y la Encyclopédie de Diderot y d’Alembert, iniciada en 1751. Detrás estaban otras tentativas de reunir el conocimiento, desde Plinio hasta Isidoro de Sevilla. Cambian los soportes y las maneras de establecer qué sabemos. Permanece el deseo de encontrar una respuesta y, al buscarla, descubrir una pregunta que todavía no nos habíamos hecho.
También un vaso tiene una historia que desborda la memoria familiar. El soplado del vidrio se desarrolló en el Mediterráneo oriental en el siglo I antes de nuestra era. Las gafas nos devuelven a la Italia medieval. El lápiz conserva una relación entre la mano y el papel que me resulta especialmente cercana. En una misma mesa conviven tiempos muy distintos, aunque nosotros llamemos presente solo a todo lo que tenemos delante.
Sería tentador decir que son ideas que nadie ha podido mejorar. Prefiero pensar que han admitido muchas mejoras sin agotar su utilidad. Han cambiado los vidrios, las lentes, los papeles, las minas y las encuadernaciones. Algunas soluciones fueron sustituidas; otras encontraron un lugar junto a las nuevas. La permanencia no demuestra una perfección definitiva. A veces expresa algo más sencillo: todavía nos sirven y sabemos cómo convivir con ellas.
Eso me devuelve a la Moka y a las manos de de las mujeres de mi familia que preparaban los desayunos de mi ya lejana infancia. Mis cafeteras son posteriores, pero reconozco el gesto. Conservar puede consistir en cuidar una pieza concreta, reparar lo que se gasta o transmitir una manera de usarla. Quizá por eso me gusta reparar, como a mi abuelo. Al prolongar una utilidad, mantengo abierta una relación con quienes me/nos han precedido. Empiezo a entender que mi vitrina también guarda esas continuidades. Mientras buscaba objetos para contar mi vida, he encontrado vidas anteriores que siguen acompañando la nuestra.
Louis CERCOS, Condé-sur-Risle, septiembre 2026.
La vitrina de lo cotidiano: Philips, 1981.
Philips, una manera de habitar. Philips forma parte de la historia de nuestras familias. Está o estaba en las radios, los tocadiscos, las cintas grabadas y los equipos de música; también en el zumbido de una afeitadora Philishave, en las batidoras, las planchas o las cafeteras. La tecnología se vuelve familiar por esa persistencia discreta con la que nos acompaña.
Si tuviera que conservar un solo objeto, elegiría el magnetófono portátil EL3300, presentado en 1963 junto al casete compacto. Grabar una voz, preparar una selección de canciones, llevar la música consigo. Pero mi historia con Philips incluye también un viaje y unas casas holandesas. Viajé a Eindhoven en 1994. Recuerdo la fecha porque una cena coincidió con el debut de Raúl González Blanco en el primer equipo del Real Madrid. Mientras él iniciaba una carrera que entonces nadie podía medir, yo descubría, en aquella ciudad industrial, otra manera de habitar y construir.
Gerard Philips y su padre Frederik fundaron la empresa en 1891 para fabricar bombillas. Con el tiempo, Philips no se limitó a producir objetos. Dio forma a una ciudad, levantando fábricas, escuelas, servicios y viviendas. Philipsdorp, iniciado en 1910, conserva la memoria de aquella ambición social. Schuttersbosch, con sus casas prefabricadas de madera entre los árboles, pertenece al mismo paisaje mental. Me impresionaron especialmente las viviendas destinadas a algunos directivos extranjeros. Rodeadas de verde y próximas a la ciudad, permitían una vida desplazada en bicicleta, sin renunciar a la comodidad. En las cocinas, los azulejos se limitaban a la franja necesaria entre los muebles altos y bajos. Las instalaciones quedaban deliberadamente a la vista. Aquella economía constructiva, tan poco espectacular y tan inteligente, me abrió los ojos a la industrialización de la vivienda.
La casa podía entenderse como un conjunto de componentes, con un orden de montaje y cada material situado exactamente donde hacía falta. Había una forma de elegancia en esa precisión. Pensé después en Richard Neutra y en su manera de reunir técnica, paisaje y bienestar. La casa Bailey incorporó incluso un núcleo prefabricado de instalaciones. Pensé también en Jean Prouvé y sus casas desmontables, construidas con piezas ligeras de madera y metal. Fabricar, transportar, montar, transformar: la vivienda no perdía por ello su calidad doméstica, quizá la ganaba.
Desde aquel viaje, mis casas y mis proyectos quedaron marcados por esa lección. La prefabricación dejó de ser para mí una abstracción industrial.
Hoy Royal Philips se concentra en la tecnología sanitaria y el cuidado personal; otros productos domésticos Philips llegan a nosotros a través de empresas como Versuni. Pero en mi vitrina, junto al casete y la afeitadora, guardo aquella lección de Eindhoven. Una empresa nacida para fabricar luz me enseñó a mirar cómo se construye una casa.
Louis CERCOS, Condé-sur-Risle, septiembre 2026.






















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