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viernes, 7 de agosto de 2026

L’Inconnu de la Grande Arche (2025)


L’Inconnu de la Grande Arche, de Stéphane Demoustier, me atrapó desde sus primeras escenas. Mientras veía la película regresó a mi memoria una expresión que aprendí hace más de veinticinco años de uno de mis maestros, Fernando Moreno de Barreda Valverde, entonces vicepresidente ejecutivo de la Fundación Hispania Nostra. Durante las obras de restauración del Monasterio de Yuste (1998-2001) nos veíamos prácticamente todas las semanas y, con frecuencia, varias veces en una misma semana; muchas veces hacíamos juntos el trayecto entre Madrid y Cuacos de Yuste y, durante aquellas horas de carretera, Fernando hablaba de lo que llamaba las «obras de promotor». Hablaba de Julio II, de Felipe II, de Francisco I de Francia y también de Carlos V, que quizá no fue un promotor en el mismo sentido que los anteriores pero que convirtió Yuste, al elegir aquel monasterio como lugar para retirarse, en la materialización arquitectónica del epílogo de su vida.

Con los años he comprendido que aquella expresión explicaba bastante bien la clase de arquitectura que siempre me ha interesado. Nunca me he sentido un artista. Prefiero poner mi conocimiento al servicio de una idea que me convenza, comprenderla y desarrollarla. Me interesa mucho más defender criterios conceptuales, intelectuales, patrimoniales o funcionales que imponer criterios exclusivamente formales.

Hay momentos del film que me incomodan particularmente, cuando el personaje del arquitecto se refiere al proyecto como «la obra de su vida». Comprendo perfectamente la dimensión dramática de la frase y la identificación absoluta que puede llegar a producirse entre un creador y aquello en lo que ha depositado años de inteligencia, trabajo y esperanza; pero no estoy seguro de compartir esa manera de entender mi profesión. Cuando construimos algo destinado a durar mucho más que nosotros, quizá debería importarnos menos el lugar que esa obra ocupará en nuestra biografía y mucho más el lugar que podrá ocupar en la biografía de una comunidad que continuará existiendo cuando nuestros nombres hayan dejado de ser relevantes.

Y ahí aparece, para mí, una de las enseñanzas involuntarias más hermosas de la propia historia de la Grande Arche. Spreckelsen no llegó a verla terminada, murió en 1987, antes de terminada la obra. Pero había dimitido antes. La arquitectura, no exactamente como él la imaginó, sobrevivió a su arquitecto. La obra tuvo que aceptar negociaciones, decisiones técnicas, transformaciones y continuidades que su autor no habría nunca imaginado y, sin embargo, la idea esencial permaneció reconocible.

Escribo estas publicaciones porque me interesa transmitir una determinada manera de comprender mi profesión y porque, después de muchos años de ejercicio, quiero dejar por escrito algunas de las preguntas, criterios y caminos que he intentado explorar en mis encargos. Tal vez esa sea también una forma distinta de entender la autoría.

Louis CERCOS, Condé-sur-Risle, agosto 2026.

jueves, 2 de julio de 2026

La prochaine étape de notre discipline


Pourquoi continuons-nous à enseigner la restauration du patrimoine comme si les grandes doctrines du XIXᵉ et du XXᵉ siècle constituaient l'horizon définitif de notre discipline ? Cette question m'accompagne depuis plusieurs années. Plus j'étudie l'histoire de la restauration, plus je mesure la profondeur des intuitions qui ont fondé chacune de ses grandes traditions : Viollet-le-Duc est l'expression d'une France qui, après la Révolution, cherche dans son architecture médiévale une continuité historique capable de refonder le récit national. Ruskin répond à une Angleterre transformée par la révolution industrielle, où la disparition des paysages anciens nourrit une réflexion nouvelle sur le temps, la mémoire et la valeur des traces. Boito, Giovannoni, Brandi et tant d'autres appartiennent eux aussi à des contextes intellectuels précis, dont les doctrines constituent moins des vérités intemporelles que des réponses d'une remarquable intelligence aux questions de leur époque.

Nous avons admirablement appris à transmettre les réponses. Nous avons sans doute consacré moins d'efforts à transmettre les questions qui les ont fait naître. Comprendre les doctrines de la restauration suppose pourtant de comprendre les sociétés qui les ont produites, leurs débats philosophiques et leurs choix politiques. Une théorie est toujours le produit d'une culture, d'une histoire et d'un contexte.

Les défis auxquels le patrimoine est désormais confronté dépassent largement les cadres nationaux dans lesquels les grandes doctrines se sont constituées. Les effets du changement climatique, la mondialisation des échanges, la circulation des savoirs, les technologies numériques, l'intelligence artificielle, les nouvelles attentes des sociétés et la diversification des patrimoines nous invitent à formuler des questions inédites. Il serait paradoxal de répondre à ces réalités nouvelles uniquement avec des catégories élaborées pour un autre monde, alors même que les maîtres que nous admirons n'ont cessé, en leur temps, d'inventer des réponses nouvelles aux problèmes qui se présentaient à eux.

Je crois que la prochaine étape de notre discipline ne consistera pas à produire une doctrine supplémentaire, mais à organiser un dialogue plus vaste entre les grandes traditions de la conservation. La France, l'Italie, le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Amérique latine, l'Afrique ou l'Asie n'ont pas développé des approches concurrentes ; chacune d'elles a appris à penser le patrimoine à partir de réalités historiques différentes. Cette diversité constitue aujourd'hui une richesse intellectuelle considérable. Elle ouvre la possibilité d'une véritable communauté internationale de la restauration, où les écoles ne chercheraient plus seulement à transmettre un héritage national, mais à faire dialoguer des expériences complémentaires afin de former des professionnels capables de comprendre le contexte singulier de chaque intervention.

Louis CERCOS, Paris, juillet 2026.

viernes, 19 de junio de 2026

Concevoir pour tous. Et pour toutes.




Nous consacrons beaucoup de temps à réfléchir à la lumière, à la circulation des publics ou à la flexibilité des espaces. En revanche, nous parlons beaucoup moins de la manière dont les personnes vivent réellement ces lieux une fois qu’ils sont ouverts, occupés et habités.

Pendant la conception de plusieurs #bibliothèques, je ne voulais pas oublier une question qui me préoccupait depuis longtemps. En observant la vie quotidienne, comme homme, comme époux, comme père et comme agent d’une bibliothèque publique, j’avais souvent le sentiment que les femmes développent dans l’espace public des stratégies de protection que la plupart des hommes n’ont jamais besoin d’apprendre. Cette réalité renvoie à des phénomènes que nous désignons aujourd’hui par des mots divers, comme les micro-machismes, l’héritage patriarcal ou certaines formes d’intimidation ordinaire, mais qui traduisent finalement une même situation : l’expérience de l’espace public demeure encore différente selon que l’on est un homme ou une femme.

Cette réflexion m’a accompagné pendant la conception de la Bpi Lumière. La bibliothèque contemporaine est souvent organisée autour de grandes tables collectives qui optimisent efficacement l’espace. Cette disposition place cependant les lecteurs dans une situation d’exposition réciproque permanente. J’ai donc souhaité introduire, en complément, des postes individuels orientés vers les fenêtres ou vers les murs afin d’offrir différents degrés d’exposition au regard des autres.

Depuis l’ouverture, ces places ont été choisies majoritairement par des femmes. Personne ne leur a indiqué où s’installer et aucun usage particulier n’avait été défini. Les photographies qui accompagnent cette publication montrent simplement un comportement observé dans la durée. La fenêtre devient un fond lumineux, le mur une surface neutre qui favorise la concentration. Ces places leur permettent de travailler dans une forme de tranquillité particulière, avec le sentiment que leur attention leur appartient pleinement et qu’un simple regard porté autour d’elles ne sera pas interprété comme une invitation à entrer en relation.

Cette expérience m’a conduit à penser que l’une des missions d’une bibliothèque publique contemporaine consiste à reconnaître que nous n’habitons pas tous l’espace de la même manière. Concevoir pour tous ne signifie pas proposer exactement la même place à chacun. Concevoir pour tous consiste peut-être à offrir une diversité suffisante pour que chacun puisse choisir la sienne.

Avec le recul, je crois que ces tables individuelles constituent l’un des enseignements les plus intéressants du projet Bpi Lumière. Elles rappellent qu’un détail de mobilier peut parfois révéler des questions beaucoup plus profondes sur notre manière de vivre ensemble. Dans certains cas, concevoir une bibliothèque pour tous commence simplement par concevoir une bibliothèque qui pense aussi à toutes.

Louis CERCOS, Paris, juin 2026.

lunes, 15 de junio de 2026

Être architecte en bibliothèque

 

La Bpi vient de publier un entretien consacré à mon travail au sein de la Bpi • Bibliothèque publique d'information. On imagine souvent qu’un projet d’aménagement résulte directement d’un programme ou d’un budget. La réalité est plus complexe. Entre l’idée initiale et sa réalisation finale s’accumule un monde de références, de lectures, d’images, d’intuitions, d’essais, parfois même de détours qui ne seront jamais construits mais qui auront nourri la réflexion.

Je suis particulièrement heureux que cet entretien permette de montrer quelques-unes de ces images de travail. Non pas seulement ce qui a été réalisé, mais aussi ce qui a accompagné le processus de conception.

Parmi elles figure le célèbre Rhinocéros de Xavier Veilhan installé au Centre Pompidou. J’ai toujours été fasciné par cette œuvre. Le rhinocéros est un animal presque préhistorique dans notre imaginaire collectif. Son apparence évoque quelque chose de lourd, de profondément enraciné dans le temps long de l’évolution. Pourtant, sous le regard de l’artiste, il devient autre chose. Par la couleur, par la géométrisation de ses formes, par le déplacement du regard qu’il impose, il cesse d’être simplement un rhinocéros pour devenir une possibilité.

Peut-être est-ce aussi ce que fait une bibliothèque. La plupart des personnes qui franchissent ses portes arrivent avec une histoire, des contraintes, parfois des difficultés, souvent des interrogations. Elles viennent avec ce qu’elles sont. Mais elles repartent rarement exactement identiques. Elles découvrent un livre, une idée, une langue, une discipline, un métier, une vocation ou parfois simplement une manière différente de regarder le monde.

Les grandes bibliothèques publiques ont toujours été des lieux de transformation silencieuse. Jean-Pierre Seguin les imaginait comme des institutions ouvertes à tous. Eugène Morel y voyait des outils d’émancipation intellectuelle. Gian Franco Franchini, lorsqu’il conçut le mobilier de la première Bpi en 1977, comprit que l’architecture, les couleurs, les matières et le confort faisaient eux aussi partie de cette expérience de transformation. Cette intuition demeure d’une étonnante actualité.

Une bibliothèque est aussi un environnement capable d’accueillir les formes contemporaines du savoir et les publics de son temps. Elle doit rester fidèle à sa mission tout en continuant à se réinventer. Les générations changent, les usages évoluent, les technologies se transforment, mais la question demeure la même : comment créer un lieu où chacun puisse devenir davantage que ce qu’il était en entrant ? Comme architecte, j’essaie de contribuer, modestement, à créer les conditions matérielles de ces métamorphoses discrètes.

Je remercie chaleureusement la Bpi pour cet entretien, qui m’a donné l’occasion de revenir sur quelques-unes de mes influences et sur cette conviction qui m’accompagne depuis longtemps : une bibliothèque est toujours une architecture de la transformation.

Louis CERCOS, Paris, juin 2026.

viernes, 5 de junio de 2026

Patrimonio: prohibido no tocar

Un colega y amigo, carlos valderrama ferrando, ha escrito hoy bajo mi publicación de ayer la palabra "maestro", que no es un sustantivo que uno pueda administrar sin rubor sobre sí mismo. Puede ocurrir que aparezca, como es el caso, en el comentario generoso de un colega, de un colaborador o de alguien más joven que dice haber aprendido trabajando a nuestro lado.

No soy célebre. Nadie hablará de mí cuando me retire, salvo quizá alguna persona concreta, en alguna conversación concreta, recordando una obra, una frase, una discusión de chantier, una clase, una advertencia dicha a tiempo o un error que le ayudé a cometer o a no cometer. Tal vez, si la fortuna acompaña, alguna de las frases que he escrito termine siendo citada algún día por alguien.

He ejercido durante más de tres décadas una profesión que, según el país en el que se nombre, me ha considerado arquitecto, ingeniero, restaurador, conservador o especialista. Esa vieja discusión entre arquitectos e ingenieros, tan apasionada como estéril, sólo se entiende bien cuando uno trabaja internacionalmente y descubre que las palabras no significan exactamente lo mismo a cada lado de las fronteras. Cualquiera que haya intentado habilitarse lejos de Ítaca sabe que el ejercicio profesional es una negociación entre derecho, lengua, instituciones, biografía y circunstancias. Por eso recurro con frecuencia a la frase de Ortega: "yo soy yo y mi circunstancia, y si no la salvo a ella no me salvo yo".

En nuestra profesión hay que aceptar que el título o el diploma crean carácter cuando una sociedad lo reconoce, pero que ese reconocimiento no elimina la responsabilidad de conocer tus límites. Hace unos días encontré un viejo cartel de una mesa redonda en Buenos Aires. La Sociedad Central de Arquitectos presentaba un número de su revista dedicado al patrimonio bajo un título magnífico: “Patrimonio: prohibido no tocar”. Al verme allí, nombrado sencillamente como especialista en restauración, entendí que mi vida profesional ha consistido en aprender cuándo, cómo, cuánto y por qué tocar.

Solo se transmite acariciando la inteligencia de los otros. Se enseña sin invadir, sin imponer, sin humillar, sin convertir la experiencia en dogma, desde una lógica casi gremial: trabajar junto a otros, compartir lo que se sabe, reconocer lo que no se sabe, discutir entre iguales, acompañar a los más jóvenes y dejarse corregir por quienes llegan con preguntas nuevas.

Hace unos meses sentí que podía volver a escribir. No porque ahora sepa más, sino porque quizá he comprendido mejor el valor de no saber del todo. Después de cientos de obras, de países distintos, de administraciones distintas, de títulos discutidos, reconocidos, traducidos o matizados, después de haber sido a veces arquitecto, a veces ingeniero y casi siempre restaurador de arquitectura, empiezo a disponer de algo que no es una doctrina, sino una experiencia suficientemente sedimentada como para poder ser compartida.

Louis CERCOS, París, junio 2026.

domingo, 17 de mayo de 2026

Arquitectura y democracia



La democracia no existe únicamente en las instituciones que la representan. Existe también, o fracasa, en los espacios donde se desarrolla la vida cotidiana. En una escuela, cuando un niño entiende que el conocimiento no pertenece sólo a quienes han nacido en una familia culta. En un hospital, cuando el enfermo deja de ser abandonado a su suerte y pasa a ser atendido como sujeto de derecho. En una biblioteca, cuando alguien que no pertenece a ninguna élite universitaria puede sentarse, leer, estudiar, preguntar, permanecer.


La arquitectura ayuda a la democracia construyendo las condiciones materiales para que la vida democrática pueda ocurrir. Una democracia necesita escuelas, hospitales, bibliotecas, plazas, estaciones, archivos, ayuntamientos, mercados, centros culturales, equipamientos deportivos, viviendas dignas, espacios de espera y espacios de encuentro. Necesita lugares donde el ciudadano no sea tratado como cliente, como consumidor, como sospechoso o como obstáculo, sino como miembro legítimo de una comunidad.

La arquitectura ayuda a la democracia cuando una persona entiende por dónde entrar, dónde preguntar, dónde esperar, dónde sentarse, dónde reclamar, dónde leer, dónde ser escuchada. Ayuda cuando reduce la intimidación, cuando protege sin humillar, cuando ordena sin expulsar, cuando permite la mezcla social sin convertirla en espectáculo.

La historia de la escuela pública, del hospital moderno o de la biblioteca popular muestra que los avances democráticos no se produjeron sólo en los textos legales, sino también en la construcción paciente de una red de espacios destinados a corregir desigualdades históricas. La luz, la ventilación, el aula, el patio, la sala de espera, el mostrador, la mesa común, la claridad de los recorridos, la posibilidad de orientarse, sentarse, leer o preguntar sin miedo, forman parte de una historia material de la ciudadanía.

Por eso una arquitectura verdaderamente democrática no se diseña sólo para el usuario autónomo, joven, sano, formado, disciplinado y seguro de sí mismo. Se diseña también pensando en quien duda, en quien no sabe, en quien llega tarde, en quien tiene miedo, en quien se pierde, en quien no domina el idioma, en quien necesita ayuda, en quien no se atreve a pedirla. Porque una democracia no se mide únicamente por la belleza de sus grandes edificios institucionales. Se mide también por la dignidad de sus umbrales, por la claridad de sus recorridos, por la generosidad de sus salas de espera, por la inteligencia de sus bibliotecas, por la humanidad de sus hospitales, por la calidad de sus escuelas y por la apertura de sus plazas.

La democracia necesita leyes, desde luego. Pero también necesita bancos donde sentarse, puertas que no intimiden, salas que acojan, escuelas que no humillen, bibliotecas que no excluyan, hospitales que no desorienten y plazas donde todavía sea posible reconocerse como parte de una comunidad.

Louis CERCOS, París, mayo 2026.