Une bibliothèque véritablement démocratique devrait accueillir chacun sans lui demander de démontrer sa familiarité avec les institutions culturelles. Une bibliothèque publique ne devrait jamais être pauvre au sens d’un espace négligé, car la précarité matérielle d’un service public finit toujours par être supportée par ceux qui en ont le plus besoin. Elle pourrait toutefois choisir une forme de sobriété volontaire, dans laquelle les ressources seraient utilisées avec intelligence et les matériaux resteraient simples sans être médiocres.
Certaines traditions spirituelles ont réfléchi à la différence entre la pauvreté volontaire et la misère subie. Transposée au domaine des institutions culturelles, cette idée pourrait nous aider à imaginer un service public qui ne confondrait plus la grandeur de sa mission avec la somptuosité de ses moyens matériels, et qui rechercherait sa véritable valeur dans la qualité de l’accueil et des espaces, la liberté des usages, la continuité de la présence publique et la capacité donnée à chacun de s’approprier les lieux.
La bibliothèque du futur pourrait ainsi se libérer progressivement d’une certaine fascination pour le mobilier haut de gamme, afin d’accorder davantage de place à des dispositifs expérimentaux, démontables et évolutifs. Il s’agirait de déplacer l’exigence vers la capacité du meuble à accompagner des usages jamais complètement prévisibles, à être modifié lorsque les pratiques évoluent et à conserver une valeur d’usage au-delà de l’image pour laquelle il a été dessiné. Dans cette perspective, le mobilier pourrait être compris comme un prototype plutôt que comme un produit définitif.
Cette manière de travailler pourrait s’inscrire dans une logique de connaissance ouverte et de copyleft, grâce à laquelle les plans et les améliorations successives seraient publiés et librement partagés avec d’autres institutions. La valeur d’un dispositif ne résiderait alors plus seulement dans l’exclusivité de sa forme, mais dans sa capacité à être reproduit et perfectionné ailleurs, afin que chaque institution puisse contribuer à une recherche collective dépassant les limites de son propre bâtiment.

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