Aujourd’hui, j’ai envie de rendre hommage à FMR en ouvrant quelques livres de nostre bibliothèque privée. Ma femme et moi avons réuni le carton de présentation de sa réédition de l’Encyclopédie, le prospectus préfacé par Borges, trois volumes de la collection La Bibliothèque de Babel, aussi dirigée par Borges, et les 37 premiers numéros de l’édition française de FMR, d’avril 1986 à avril 1992. En les regardant ensemble, je mesure combien un éditeur peut habiter notre vie, nous accompagner et prendre place dans cette famille silencieuse que nous choisissons, livre après livre.
Dans le prologue du premier numéro, Ricci raconte la naissance de son aventure éditoriale : à la Bibliothèque palatine de Parme, il découvre le Manuel typographique de Giambattista Bodoni et décide de le réimprimer. Un livre rencontré dans une bibliothèque vient ainsi bouleverser le cours d’une existence. J’aime profondément cette histoire, cette manière dont un objet conservé, patiemment soustrait à la disparition, peut soudain réveiller chez un lecteur une vocation nouvelle. Quelqu’un avait gardé ce livre ; quelqu’un d’autre allait lui donner une nouvelle vie et, à travers lui, inventer la sienne.En feuilletant ces ouvrages, je retrouve une attention dont chaque détail porte la trace : la profondeur des noirs, les caractères, l’équilibre des pages, la qualité des images. Après tant d’années consacrées à la restauration des monuments, je suis sensible à cette alliance de la pensée et de la matière, à ce soin qui donne aux œuvres les moyens de traverser le temps. Chez Ricci, la beauté du livre me semble prolonger le respect dû à ce qu’il transmet, jusque dans le geste de celui qui le prend entre ses mains.
Borges accompagne cette promenade. Sa voix accueille le lecteur du prospectus de l’Encyclopédie, guide les choix de La Bibliothèque de Babel et revient dans « L’ombre de la tour », ces pages du numéro 18 de FMR consacrées à Babel. Entre les planches de Diderot et d’Alembert, les récits fantastiques et ces images qui nous retiennent longtemps, je retrouve un même désir d’explorer ce que les hommes savent et imaginent. Ces rapprochements me touchent parce qu’ils ressemblent à la manière dont se construit ma bibliothèque : par affinités, par rencontres, par ces passages inattendus qu’un livre ouvre vers un autre.
Aujourd’hui, ces 37 numéros réunis et ces quelques volumes me permettent de saluer un homme dont le travail continue d’accompagner le mien. Je les ouvre avec cette gratitude particulière que l’on éprouve envers ceux qui nous ont appris à regarder. J’aimerais que ces livres rencontrent un jour d’autres lecteurs, capables d’y reconnaître une présence et d’y trouver le commencement de leur propre chemin. À Parme, un livre avait changé la vie de Franco Maria Ricci ; dans nos bibliothèques, ses livres poursuivent cette aventure, chaque fois qu’une main les ouvre et qu’un regard s’y attarde.
Louis CERCOS, Paris, octobre 2026








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