Cette opposition ne naît pas avec lui. Si l’on parcourt les grands traités d’architecture, on découvre que presque tous ont éprouvé la nécessité de définir l’architecte par contraste, en fonction des risques propres à leur époque.
Au Ier siècle av. J.-C., Vitruve, dans le De Architectura, exige de l’architecte une formation encyclopédique. Le mauvais est implicite : celui qui construit sans penser ou pense sans connaître la matière.
En 1485, Leon Battista Alberti publie le De re aedificatoria. L’architecte se distingue du simple bâtisseur : le projet naît dans l’esprit. Agir sans théorie, c’est déjà faillir.
En 1570, à Venise, Andrea Palladio publie I quattro libri dell’architettura. Mesurer l’Antiquité, la dessiner, la publier : telle est sa méthode. Face au caprice, il oppose la discipline de la proportion. Le mauvais architecte est celui qui n’étudie pas, qui ne soumet pas son œuvre à une règle intelligible.
En 1683, à Paris, Claude Perrault publie l’Ordonnance des cinq espèces de colonnes selon la méthode des anciens. En distinguant beauté positive et beauté arbitraire, il déplace le débat : le mauvais architecte n’est plus seulement l’ignorant, mais le dogmatique qui confond coutume et loi naturelle.
À la fin du XVIIIe siècle (vers 1793–1799), Étienne-Louis Boullée rédige son Architecture, essai sur l’art. Pour lui, le mauvais architecte est celui qui manque d’idée, qui produit des édifices sans caractère ni intention expressive.
En 1849, à Londres, John Ruskin publie The Seven Lamps of Architecture. L’opposition devient éthique : le mauvais architecte est celui qui ment dans la matière, qui dissimule la structure, qui trahit le travail artisanal au profit de l’apparence.
Enfin, entre 1863 et 1872, Eugène Viollet-le-Duc fait paraître les Entretiens sur l’architecture. Le mauvais architecte est alors l’éclectique superficiel, celui qui copie des styles sans comprendre le système constructif qui les fonde. L’architecture est logique structurelle ; sans logique, elle n’est qu’un masque.
Aucun de ces auteurs ne partage la même esthétique, mais tous tracent une frontière. Chaque époque redéfinit le mauvais architecte selon ses périls : l’ignorant, le bâtisseur sans théorie, le dogmatique, le banal, le menteur, l’éclectique superficiel.
Les planches de 1567 demeurent actuelles parce qu’elles posent une question intemporelle : qu’est-ce qui distingue aujourd’hui l’architecte formé de l’improvisateur brillant ?
Luis Cercos, Paris, février 2026.


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