Si je devais désigner une origine intellectuelle, elle ne se situerait pas du côté de la thèse universitaire, mais dans la tradition de l’essai, chez Michel de Montaigne avant tout. Montaigne n’écrit pas pour démontrer, mais pour penser. Les Essais sont des tentatives, des approches successives, un pensée qui se construit dans l’acte même d’écrire.
C’est, toutes proportions gardées, la logique qui traverse mes textes. Je n’écris pas pour clore un champ ni pour fixer une vérité définitive, mais pour éprouver des relations, mettre en tension des architectes, des édifices, des traités, des époques et des problèmes qui se lisent rarement ensemble. Mes textes ne sont pas conclusifs ; ils sont exploratoires. Ils n’épuisent pas un sujet : ils l’ouvrent.
Une autre référence, indissociable de la première, est Denis Diderot et l’aventure intellectuelle de L’Encyclopédie. Non comme monument éditorial, mais comme méthode mentale. Le dictionnaire raisonné n’est pas une somme close du savoir : c’est un réseau d’entrées, de croisements, de renvois. Chaque article est autonome, mais aucun n’existe seul. La connaissance progresse par constellations.
Dans ce sens, nombre de mes textes fonctionnent davantage comme des entrées de dictionnaire que comme des chapitres de livre académique. Ce sont des pièces brèves, autosuffisantes, pensées pour dialoguer entre elles. Le sens ne réside pas seulement dans chaque texte, mais dans leur accumulation, leurs échos, leurs variations.
Il y a aussi une dimension matérielle, presque rituelle, dans cette manière d’écrire. Montaigne avait sa tour ; j’ai la mienne — non pas en Périgord, mais en Normandie. C’est là que, chaque week-end, j’écris sans urgence ni calendrier éditorial. La semaine venue, ces textes circulent, se déploient, se projettent vers l’extérieur. Ce rythme me convient : lent dans la gestation, ouvert dans la diffusion.
Mes textes ne s’adressent donc pas au lecteur en quête d’un appareil critique exhaustif ou d’une hiérarchie académique des sources. Ils s’adressent à ceux qui considèrent l’architecture, la restauration et l’histoire comme des pratiques intellectuelles vivantes, où l’expérience, l’intuition et la lecture s’entrelacent.
Mon écriture est aussi le produit d’un parcours. Je m’intéresse davantage à comprendre qu’à démontrer, à relier qu’à classer. Je sais, par expérience, que soumettre ce mode de pensée à la forme d’une thèse aurait exigé un effort considérable pour produire un texte qui ne me représenterait pas pleinement.
C’est pourquoi je continue d’écrire ainsi. Mes textes sont cela : des essais, des entrées, des approches. Et rien d’autre.
Luis Cercos, Condé-sur-Risle, février 2026.





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