La manière dont j’envisage aujourd’hui le métier s’est construite dans le temps long, sans rupture ni trajectoire linéaire. Elle procède d’une accumulation progressive d’expériences, de pratiques et de réflexions, qui se sont superposées sans jamais s’annuler. Cette continuité constitue, à mes yeux, une condition essentielle de toute action durable sur le patrimoine bâti.
Ma formation initiale m’a apporté une base technique solide, fondée sur le respect de la matière, des structures et des contraintes réelles de la construction. Elle a été complétée par un approfondissement dans le domaine de la restauration architecturale et de l’histoire de l’architecture, dans une logique d’élargissement progressif des champs de compréhension. Ce cheminement m’a conduit à une approche transversale, attentive à la fois aux exigences techniques, aux enjeux culturels et au cadre institutionnel dans lequel s’inscrivent les projets.
L’exercice professionnel s’est développé dans des contextes variés, tant urbains que monumentaux, en France et à l’international. Ces expériences ont progressivement forgé une conviction simple : le patrimoine n’est ni un champ d’exception ni un domaine réservé, mais une composante ordinaire et exigeante de l’action publique, qui requiert méthode, discernement et sens de la responsabilité collective.
Le contact avec le cadre français de la conservation des monuments historiques, inscrit dans une tradition héritée de Prosper Mérimée et d’Eugène Viollet-le-Duc, a renforcé cette vision. Il m’a permis de mesurer combien la conservation architecturale repose sur un équilibre subtil entre doctrine, connaissance scientifique, projet et usage, et combien cet équilibre ne peut être maintenu que par un dialogue constant entre les acteurs.
Depuis plusieurs années, mon activité au sein d’un grand établissement culturel public m’a conduit à articuler de manière étroite architecture, service public et transmission du savoir, dans un cadre institutionnel précis et exigeant. Cette position m’a naturellement amené à développer un travail de réflexion, d’enseignement et d’écriture, conçu non comme une mise en avant personnelle, mais comme un outil de clarification, de partage et de mise en commun des expériences.
Observer, analyser, documenter, transmettre, agir : ces verbes ne décrivent pas des fonctions distinctes, mais les dimensions indissociables d’un même engagement professionnel. C’est dans cet esprit que je conçois aujourd’hui mon rôle, avec le souci constant du cadre dans lequel il s’exerce, et dans une disposition d’ouverture au dialogue et à la coopération, chaque fois que celles-ci peuvent contribuer à la qualité, à la justesse et à la durabilité des projets.
LC, Paris, 2026.











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