domingo, 8 de febrero de 2026

Richard Rogers. De Beaubourg à Barajas : la cohérence d’une architecture-infrastructure.





Certaines trajectoires se lisent comme une succession de ruptures. D’autres, au contraire, apparaissent, avec le recul, comme le déploiement patient d’une même idée. Celle de Richard Rogers appartient sans ambiguïté à cette seconde catégorie. Du Centre Pompidou (1971–1977) à la Terminal 4 de Madrid-Barajas (1997–2005), son œuvre se laisse lire comme une réflexion continue sur le bâtiment conçu comme infrastructure publique.

Beaubourg n’est pas seulement un musée. C’est une pièce d’urbanisme construite : une place couverte, une infrastructure culturelle au cœur de Paris, pensée comme support de la vie collective. Sa logique de mécano pré-industrialisé, son ordre modulaire clair — treize travées qui auraient pu être davantage — ne relèvent pas d’un culte de la technique, mais d’une conviction : l’architecture comme système ouvert, extensible, appropriable.

Cette position s’inscrit dans une généalogie ancienne : la basilique romaine, les grandes gares du XIXᵉ siècle, puis les grandes infrastructures publiques contemporaines. Rogers ne cherche pas la forme iconique, mais la grande salle civique capable d’accueillir la multitude.

Entre Beaubourg et Barajas, son œuvre revient avec constance sur les mêmes principes : flexibilité comme valeur, lisibilité comme politesse, structure comme ordre intelligible. Le Lloyd’s de Londres (1978–1986) ou le siège de Channel 4 (1990–1994) en sont des expressions radicales : externalisation des services, libération des plateaux, bâtiment pensé comme organisme évolutif.

La Terminal 4 de Barajas constitue une forme d’aboutissement serein. Là encore, l’architecture est infrastructure. Un principe unique, répété avec précision, une grande couverture scandée par une structure arborescente capable de se prolonger indéfiniment. Non une métaphore formelle, mais un dispositif spatial qui humanise l’échelle et oriente sans contraindre.

Entre Beaubourg et la T4, malgré la distance des programmes et du temps, la cohérence est évidente. Deux bâtiments-territoires, deux systèmes ouverts, pensés pour accueillir flux, usages et transformations. La cohérence de Rogers ne tient pas à un style, mais à la fidélité à une idée : une architecture civique, lisible et honnête, où la technique est mise au service de la liberté collective.

LC, Condé-sur-Risle, Normandie, février 2026. 

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